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Cours rédigé par Claude, une IA d'Anthropic, pour mes révisions de L1, à partir de mes notes de cours : il s'adresse donc à moi (« tes notes », « ta prof »). Dans cette version publique, j'ai retiré les remarques sur le polycopié de mon enseignant.

Suites numériques, chapitre 0 — remise à niveau

La logique, depuis le tout débutPour comprendre l'implication, et tout ce qui est construit dessus.

Tu as décroché au mot « implique ». C'est très courant, et ce n'est pas un problème d'intelligence : l'implication des mathématiciens ne se comporte pas comme le « si… alors » de la vie de tous les jours, et presque personne ne prend le temps de le dire. On reprend donc tout, depuis les ensembles du collège jusqu'aux démonstrations par récurrence.

0Mode d'emploi

Dans tes notes, tu as écrit : « partiel = 50 % de démonstration ». Garde cette phrase en tête pendant tout ce cours. Une démonstration, c'est une chaîne d'implications : « ceci est vrai, donc cela est vrai, donc cela aussi… ». La logique est la grammaire de cette chaîne. Si le mot « implique » reste flou, toutes les démonstrations du semestre le seront aussi. À l'inverse, une fois l'implication vraiment comprise, une grosse partie du cours de suites devient lisible.

Comment travailler

  • Crayon et feuille obligatoires. Recopie chaque table de vérité à la main, en la remplissant toi-même avant de regarder la mienne.
  • Les questions « Vérifie-toi » en fin de partie : réponds par écrit avant d'ouvrir la réponse. Te tromper ici ne coûte rien, et c'est ce qui te fait progresser.
  • Rythme conseillé : jour 1, parties 1 à 3 ; jour 2, la partie 4 seule (c'est le cœur, prends ton temps) ; jour 3, parties 5 à 7, puis refais les exercices 1 à 4 sans tes notes ; jour 4, partie 8 ; jour 5, partie 9, puis relecture de tes notes (partie 10).
  • Code couleur : V (vrai) en vert, F (faux) en rouge.

Les symboles, et comment les lire à voix haute

¬« non ». Ton polycopié le dessine ⌉ et tu l'écris « 7 » dans tes notes : c'est le même symbole. Attention seulement à ne pas le confondre avec le chiffre 7 quand il y aura des nombres. ∧« et » ∨« ou » ⇒« implique », ou « si… alors… » ⇔« équivaut à », ou « si et seulement si » ∀« pour tout » (un A à l'envers, comme All) ∃« il existe » (un E à l'envers, comme Exists) ∈« appartient à »

Où trouver quoi

1Les rappels indispensables : ensembles et nombres

La logique parle sans arrêt d'ensembles et de nombres. Avant de commencer, on remet à plat le vocabulaire du collège et du lycée qu'elle utilise. Si tout ça te paraît connu, lis quand même en diagonale : il y a deux ou trois pièges qu'on retrouvera plus loin.

1.1 Un ensemble, c'est un sac

Un ensemble est une collection d'objets, qu'on appelle ses éléments. Pense à un sac : on regarde seulement ce qu'il y a dedans. On écrit un ensemble entre accolades : {1, 2, 3}. L'ordre ne compte pas ({1, 2, 3} et {3, 1, 2} sont le même sac), et un objet est dedans ou pas dedans, il n'y est pas « deux fois ».

Dans ton polycopié

Il définit l'ensemble vide par ∅ = {x ; x ≠ x}, c'est-à-dire « l'ensemble des objets qui sont différents d'eux-mêmes ». Comme aucun objet n'est différent de lui-même, ce sac est forcément vide. C'est une astuce de logicien : décrire le vide par une propriété que personne ne vérifie.

1.2 Les ensembles de nombres

SymboleNomCe qu'il contientExemples
ℕentiers naturelsles nombres pour compter, à partir de 00, 1, 2, 3, 12, 2026
ℤentiers relatifsℕ plus les entiers négatifs−7, −2, 0, 5
ℚrationnelsles fractions p/q, avec p et q entiers et q ≠ 0 (le Q de « quotient »)1/3, −5/2, 0,25 = 1/4, 4 = 4/1
ℝréelstous les points de la droite graduée, y compris ceux qui ne sont pas des fractions√2, π, −1,5, 0
ℝ ℚ ℤ ℕ 0312 −2−7 1/3−5/20,25 √2π
Les ensembles sont emboîtés comme des poupées russes : ℕ ⊂ ℤ ⊂ ℚ ⊂ ℝ. Un entier naturel est aussi un relatif, un rationnel et un réel.

Trois décorations reviennent souvent : une étoile enlève le zéro (ℝ* = les réels sauf 0, ℤ* = les entiers sauf 0), un petit + garde les positifs (ℝ⁺), un petit − garde les négatifs (ℝ⁻). Ton polycopié écrit « q ∈ ℤ* » pour dire « q est un entier non nul », parce qu'on ne divise jamais par 0.

1.3 Inclusion, intersection, réunion

Prenons A = {1, 2, 3, 4} et B = {3, 4, 5}.

Petit truc visuel

Le signe ∩ ressemble au signe ∧ (« et »), et ∪ ressemble à ∨ (« ou »). Ce n'est pas un hasard : l'intersection, c'est le « et » des ensembles, et la réunion, c'est leur « ou ». Retiens aussi la phrase de l'inclusion, « tout élément de A est un élément de B » : elle cache une implication, et on la retrouvera en partie 4.

1.4 Un ensemble décrit par une propriété

Au lieu de lister les éléments, on peut décrire un ensemble par une règle :

{ n ∈ ℕ | n < 4 } = {0, 1, 2, 3}

Ça se lit : « l'ensemble des n appartenant à ℕ tels que n < 4 ». La barre | (ou le point-virgule ; dans ton polycopié) veut dire « tels que ». Toi qui programmes, c'est exactement une liste en compréhension en Python : [n for n in N if n < 4]. On parcourt l'ensemble de départ, et on garde ceux qui passent le test.

Les intervalles sont des ensembles de ce type : [0, 1] = {x ∈ ℝ | 0 ≤ x ≤ 1}. Un crochet tourné vers le nombre l'inclut, un crochet tourné vers l'extérieur l'exclut : [0, 1[ contient 0 mais pas 1.

1.5 Les inégalités, et un premier piège

a < b : « a est strictement inférieur à b ». a ≤ b : « a est inférieur ou égal à b ».

Question qui surprend souvent : 3 ≤ 3 est-il vrai ? Oui. « Inférieur ou égal » est vrai dès que l'un des deux est vrai, et ici « égal » est vrai. C'est ton premier « ou » mathématique, on y reviendra.

Le piège de la négation

Le contraire logique de « x < 3 » n'est pas « x > 3 », mais « x ≥ 3 ». Si x n'est pas strictement plus petit que 3, il peut être plus grand… ou égal à 3. N'oublie jamais le cas d'égalité quand tu nies une inégalité.

Et a ≤ x ≤ b est un raccourci pour « a ≤ x et x ≤ b ».

1.6 Pair, impair, premier, valeur absolue

Vérifie-toi (partie 1)
  1. Vrai ou faux : −3 ∈ ℕ ; −3 ∈ ℤ ; 1/2 ∈ ℤ ; 5 ∈ ℚ.
    Réponse
    Faux, vrai, faux, vrai (5 = 5/1, donc 5 est aussi un rationnel).
  2. Écris en extension (en listant) l'ensemble {n ∈ ℕ | n est pair et n < 9}.
    Réponse
    {0, 2, 4, 6, 8}. N'oublie pas 0, qui est pair (0 = 2×0).
  3. Quelle est la négation de « x ≥ 5 » ?
    Réponse
    « x < 5 » (strict, puisque le cas « égal à 5 » faisait partie de x ≥ 5).
  4. Est-ce que [0, 1] contient 1 ? Et [0, 1[ ?
    Réponse
    Oui pour le premier, non pour le second : le crochet tourné vers l'extérieur exclut 1.

2La proposition : la brique de base

Une proposition (on dit aussi une assertion) est une phrase qui est soit vraie, soit fausse. Jamais les deux à la fois, jamais « un peu vraie ».

PhraseProposition ?Pourquoi
« 2 + 2 = 4 »ouielle est vraie
« 7 est pair »ouielle est fausse, mais c'est bien une proposition : une proposition fausse reste une proposition
« Paris est en France »ouivraie
« Ferme la porte ! »nonc'est un ordre : ni vrai ni faux
« Quelle heure est-il ? »nonc'est une question
« x > 3 »pas encoreça dépend de x ! Pour x = 5 c'est vrai, pour x = 1 c'est faux. On appelle ça un prédicat ; on le traite en partie 8

Une proposition a donc une valeur de vérité : V ou F. Tu connais déjà ça sous un autre nom : c'est un booléen. V correspond à True (ou 1), F à False (ou 0). Toute la logique de ce chapitre, c'est de l'algèbre de booléens, celle que tu manipules dans tes if.

« Soient P et Q deux propositions »

C'est la première ligne de ton polycopié, et elle mérite d'être décortiquée. « Soient » veut dire « prenons ». P et Q sont des lettres qui remplacent des propositions quelconques, exactement comme en algèbre la lettre x remplace un nombre quelconque. Quand on écrit (a + b)² = a² + 2ab + b², ça marche pour tous les nombres a et b. De la même façon, quand on écrit une règle de logique avec P et Q, elle marche quelles que soient les propositions qu'on met à leur place.

En programmation, c'est comme déclarer deux variables de type booléen, P: bool et Q: bool, sans savoir encore ce qu'elles vaudront. Et comme chacune ne peut valoir que V ou F, il n'y a que 4 situations possibles pour le couple (P, Q). C'est pour ça que les tables de vérité existent : on peut tester tous les cas.

Les deux règles du jeu

Principe de non-contradiction : une proposition ne peut pas être à la fois vraie et fausse.

Principe du tiers exclu : une proposition est forcément vraie ou fausse, il n'y a pas de troisième possibilité (« tiers » = troisième, « exclu » = interdit).

Ces deux règles ont l'air évidentes. Elles sont pourtant le moteur de la démonstration par l'absurde (partie 9).

Vérifie-toi (partie 2)
  1. « 10 est un nombre premier » est-elle une proposition ?
    Réponse
    Oui : c'est une proposition fausse (10 = 2 × 5).
  2. « n² est pair » est-elle une proposition ?
    Réponse
    Pas tant qu'on ne sait pas qui est n : c'est un prédicat. « 4² est pair » est une proposition (vraie).
  3. Avec trois propositions P, Q, R, combien y a-t-il de situations possibles ?
    Réponse
    2 × 2 × 2 = 8. Chaque lettre a 2 valeurs possibles. C'est le « 2³ » que tu as écrit dans la marge de l'exercice 2.

3Non, et, ou : les connecteurs

Les connecteurs fabriquent de nouvelles propositions à partir d'anciennes, comme les opérations +, × fabriquent de nouveaux nombres. La valeur de vérité du résultat dépend seulement de celles de P et de Q. On décrit chaque connecteur par sa table de vérité : la liste de tous les cas possibles, avec le résultat.

3.1 La négation : non P, noté ¬P

¬P est vraie quand P est fausse, et fausse quand P est vraie. C'est l'interrupteur qui inverse. En Python : not P.

P¬P
VF
FV

Exemple : P = « il pleut ». ¬P = « il ne pleut pas ». Et ¬(¬P) = P : nier deux fois revient au départ (« il n'est pas vrai qu'il ne pleut pas » = « il pleut »).

Négation n'est pas « contraire » au sens courant

La négation de « il fait chaud » n'est pas « il fait froid », c'est « il ne fait pas chaud » (il peut faire doux). La négation contient tout ce qui n'est pas P, pas seulement l'extrême opposé. C'est le même piège que x < 3 / x ≥ 3 vu en 1.5.

3.2 La conjonction : P et Q, noté P ∧ Q

P ∧ Q est vraie seulement quand P et Q sont vraies toutes les deux. Il suffit qu'une seule soit fausse pour que tout soit faux. En Python : P and Q.

PQP ∧ Q
VVV
VFF
FVF
FFF

3.3 La disjonction : P ou Q, noté P ∨ Q

P ∨ Q est vraie dès qu'au moins une des deux est vraie. Elle n'est fausse que si les deux sont fausses. En Python : P or Q.

PQP ∨ Q
VVV
VFV
FVV
FFF

Le « ou » des maths n'est pas celui du restaurant

Au restaurant, « fromage ou dessert » veut dire l'un ou l'autre, pas les deux : c'est un « ou » exclusif. En mathématiques, « ou » est toujours inclusif : P ∨ Q est vraie aussi quand P et Q sont vraies en même temps (première ligne). « x ≤ 3 », c'est « x < 3 ou x = 3 », et un nombre peut difficilement être les deux, mais la règle générale reste : les deux à la fois, c'est autorisé.

PQ ET : en série PQ OU : en parallèle
Toi qui as fait de l'électronique : P et Q sont deux interrupteurs (fermé = vrai), la lampe est le résultat. En série, la lampe ne s'allume que si P et Q sont fermés. En parallèle, il suffit de P ou de Q, et elle s'allume aussi si les deux sont fermés : c'est bien un « ou » inclusif.

3.4 Construire une table de vérité, méthodiquement

Pour une formule plus compliquée, on procède comme pour un calcul avec des parenthèses : de l'intérieur vers l'extérieur, une colonne par étape. C'est exactement ce que tu as fait dans tes exercices 1 et 2, et tes tables sont justes.

  1. Compte les lignes : avec n lettres, il y a 2ⁿ lignes (2 lettres → 4 lignes, 3 lettres → 8 lignes).
  2. Remplis les colonnes des lettres sans rien oublier. Avec P, Q, R : la colonne P alterne par blocs de 4 (VVVVFFFF), Q par blocs de 2 (VVFFVVFF), R une fois sur deux (VFVFVFVF). Tu reconnais le principe : c'est comme compter en binaire, la dernière colonne change le plus vite.
  3. Ajoute une colonne par morceau de la formule, en commençant par les plus petits.

Exemple, qu'on va retrouver très bientôt : la table de (¬P) ∨ Q.

PQ¬P(¬P) ∨ Q
VVFV
VFFF
FVVV
FFVV

Retiens la dernière colonne : V, F, V, V. Un seul F, à la deuxième ligne. Garde-la dans un coin de ta tête.

3.5 Tautologie, contradiction, formules équivalentes

Vérifie-toi (partie 3)
  1. Construis la table de P ∧ ¬Q. Dans quelle(s) ligne(s) est-elle vraie ?
    Réponse
    Lignes (P, Q) = (V, V) : F ; (V, F) : V ; (F, V) : F ; (F, F) : F. Elle n'est vraie que quand P est vraie et Q fausse. Garde ce résultat aussi, il reviendra en partie 4.
  2. « 3 < 5 ou 3 = 5 » est-elle vraie ?
    Réponse
    Oui : il suffit qu'une des deux soit vraie, et 3 < 5 est vraie. C'est « 3 ≤ 5 ».
  3. Combien de lignes pour une formule avec P, Q, R, S ?
    Réponse
    2⁴ = 16.
  4. Traduis en Python : ¬(P ∧ Q) ∨ R.
    Réponse
    (not (P and Q)) or R

4L'implication, pas à pas

On y est. C'est la partie la plus importante de tout le cours : prends ton temps, relis-la deux fois si besoin, et fais les exercices. Je vais te montrer l'implication sous cinq angles différents : une promesse, un argument mathématique, un dessin, un jeu de cartes, et une formule. Si un angle ne te parle pas, un autre te parlera.

4.1 L'implication, c'est une promesse

Je te fais cette promesse : « Si tu as la moyenne au partiel, alors je t'offre un kebab. »

Appelons P = « tu as la moyenne » et Q = « je t'offre un kebab ». Ma promesse, c'est P ⇒ Q. La question de la logique est : dans quels cas ai-je menti ? Il y a 4 scénarios possibles.

Les deux derniers cas gênent souvent. Pense à un tribunal : on est innocent tant qu'on n'a pas été pris en flagrant délit. Une implication est considérée comme vraie tant qu'on ne l'a pas prise en défaut, et la seule façon de la prendre en défaut, c'est le cas « P vrai et Q faux ». Et comme en logique il n'existe que deux valeurs, « pas fausse » veut dire « vraie ».

PQP ⇒ Q
VVV
VFF
FVV
FFV

La table à connaître par cœur

P ⇒ Q est fausse uniquement quand P est vraie et Q est fausse. Dans les trois autres cas, elle est vraie. Compare avec la table de (¬P) ∨ Q en 3.4 : V, F, V, V. C'est exactement la même. On y reviendra en 4.8.

La machine à promesses

Clique sur P et Q pour choisir ce qui s'est passé, et regarde le verdict.

4.2 Pourquoi cette convention n'est pas un caprice

Tu te demandes peut-être : « D'accord pour les promesses, mais pourquoi les mathématiciens ont-ils choisi ça ? ». Voici la vraie raison. Prends cette phrase, que tout le monde trouve vraie :

Pour tout réel x, si x > 2, alors x² > 4.

« Pour tout réel x » veut dire que l'implication doit être vraie pour chaque nombre, sans exception. Testons-la sur trois nombres :

xP : x > 2Q : x² > 4P ⇒ Q doit valoir…
3VV (9 > 4)V
−5FV (25 > 4)V
0FF (0 > 4 est faux)V

Si on décidait que « F ⇒ V » est faux, alors la phrase serait fausse à cause de x = −5. Si on décidait que « F ⇒ F » est faux, elle serait fausse à cause de x = 0. Absurde : −5 et 0 ne sont pas concernés par la phrase, puisqu'ils ne sont pas plus grands que 2. Ils ne doivent pas pouvoir la faire tomber.

Le seul nombre qui pourrait faire tomber cette phrase serait un x qui vérifie x > 2 et x² ≤ 4. Il n'en existe aucun. Et c'est exactement ce que la phrase affirme.

La bonne façon de penser P ⇒ Q

P ⇒ Q n'affirme rien sur P tout seul, ni sur Q tout seul. Elle affirme une seule chose : la situation « P vrai et Q faux » n'arrive pas.

4.3 L'image des cercles : qui implique qui ?

Dans tes notes, il y a un dessin avec un petit cercle P à l'intérieur d'un grand cercle Q, et tu as écrit dans une marge « dans le cas du cercle, qui implique qui ». Voici la réponse, avec P = « habiter à Paris » et Q = « habiter en France ».

toutes les personnes Q : habiter en France P faux, Q vrai (Lyon) P : habiter à Paris P vrai, Q vrai P faux, Q faux (Dakar)
Trois zones, qui correspondent aux trois lignes vraies de la table. La quatrième (P vrai et Q faux : habiter à Paris sans habiter en France) n'existe pas sur le dessin. C'est ce que dit P ⇒ Q.

Qui implique qui

Le petit cercle implique le grand. Être dans le petit cercle t'oblige à être dans le grand : P ⇒ Q. Le contraire ne marche pas : être dans le grand ne t'oblige pas à être dans le petit (on peut habiter à Lyon).

C'est aussi la définition de l'inclusion vue en 1.3 : « A ⊂ B » veut dire « pour tout x, si x ∈ A, alors x ∈ B ». Une inclusion d'ensembles et une implication, c'est la même idée, dessinée ou écrite.

4.4 Ce que l'implication ne dit pas

Rassure-toi : en mathématiques, on n'écrit jamais d'implications absurdes comme celles-là. Mais c'est la table de vérité, et elle seule, qui décide si une implication est vraie.

4.5 Toutes les façons de dire P ⇒ Q

Ton polycopié donne plusieurs traductions en français. Les voici toutes, avec l'exemple P = « habiter à Paris » et Q = « habiter en France ». Toutes ces phrases disent exactement la même chose.

FormulationAvec l'exemple
P implique Qhabiter à Paris implique habiter en France
si P, alors Qsi tu habites à Paris, alors tu habites en France
Q si Ptu habites en France si tu habites à Paris
P seulement si Qtu habites à Paris seulement si tu habites en France
P est une condition suffisante pour Qhabiter à Paris suffit pour habiter en France
Q est une condition nécessaire pour Pil faut habiter en France pour habiter à Paris

Suffisant veut dire « si tu as P, c'est assez : Q est garanti ». Habiter à Paris suffit pour habiter en France. Mais ce n'est pas nécessaire : on peut habiter en France sans habiter à Paris.

Nécessaire veut dire « obligatoire : sans Q, pas de P ». Habiter en France est nécessaire pour habiter à Paris : si tu n'habites pas en France, tu ne peux pas habiter à Paris. Mais ce n'est pas suffisant.

Deux exemples de la vie courante, pour t'entraîner à placer la flèche :

Le moyen mnémotechnique

La flèche part du suffisant et pointe vers le nécessaire. Le nécessaire est à la pointe de la flèche : c'est ce qui arrive forcément.

Et « seulement si », le plus trompeur, introduit toujours le nécessaire : « tu peux conduire seulement si tu as le permis » donne conduire ⇒ avoir le permis.

4.6 Réciproque et contraposée

Défi, avant de lire la suite

Chaque carte a une lettre sur une face et un nombre sur l'autre. On affirme la règle : « Si une carte a une voyelle sur une face, alors elle a un nombre pair sur l'autre. »

Quelles cartes dois-tu obligatoirement retourner pour vérifier que la règle est respectée, sans en retourner d'inutiles ? Touche les cartes à retourner, puis vérifie.

Ce petit test, inventé par le psychologue Peter Wason, est raté par la grande majorité des gens, étudiants en maths compris. Si tu as choisi le 4, tu es tombé dans le piège de la réciproque. Si tu n'as pas pensé au 7, il te manquait la contraposée. Voyons les deux.

La réciproque : Q ⇒ P

La réciproque de P ⇒ Q est Q ⇒ P : on retourne la flèche. Elle ne dit pas la même chose.

PQP ⇒ QQ ⇒ P
VVVV
VFFV
FVVF
FFVV

Les colonnes diffèrent sur deux lignes : une implication et sa réciproque ne sont pas équivalentes. Parfois les deux sont vraies (on aura alors une équivalence, partie 5), parfois une seule. Utiliser la réciproque à la place de l'implication est l'erreur de raisonnement la plus fréquente, en maths comme dans la vie.

La contraposée : ¬Q ⇒ ¬P

La contraposée de P ⇒ Q est ¬Q ⇒ ¬P : on retourne la flèche et on nie les deux côtés. Et là, miracle : elle dit exactement la même chose que l'implication de départ.

« Si tu habites à Paris, tu habites en France » a pour contraposée « si tu n'habites pas en France, alors tu n'habites pas à Paris ». Les deux sont vraies, et c'est logique : sur le dessin des cercles, un point hors du grand cercle est forcément hors du petit.

PQ¬Q¬P¬Q ⇒ ¬PP ⇒ Q
VVFFVV
VFVFFF
FVFVVV
FFVVVV

Pour la colonne ¬Q ⇒ ¬P, applique la règle de 4.1 avec ¬Q à la place de P et ¬P à la place de Q : elle n'est fausse que si ¬Q est vraie et ¬P fausse, c'est-à-dire à la deuxième ligne. Les deux dernières colonnes sont identiques : c'est la ligne « contraposition » de ton polycopié, (P ⇒ Q) ⇔ (¬Q ⇒ ¬P).

Ne pas confondre avec ¬P ⇒ ¬Q

« Si tu n'habites pas à Paris, alors tu n'habites pas en France » est fausse (Lyon). Nier sans retourner la flèche, ça ne marche pas : ¬P ⇒ ¬Q est en fait la contraposée de la réciproque, donc elle dit la même chose que Q ⇒ P.

NomFormeÉquivalente à P ⇒ Q ?
implication de départP ⇒ Q—
contraposée¬Q ⇒ ¬Poui, toujours
réciproqueQ ⇒ Pnon, en général
« fausse contraposée »¬P ⇒ ¬Qnon, en général (elle équivaut à la réciproque)

La contraposée est très utile en démonstration : quand P ⇒ Q est difficile à prouver directement, ¬Q ⇒ ¬P est parfois beaucoup plus facile. On le verra en partie 9.

4.7 Nier une implication

Quand une promesse P ⇒ Q est-elle rompue ? Uniquement dans le cas « P vrai et Q faux ». Donc la négation de l'implication est vraie exactement dans ce cas-là, et c'est la définition de P ∧ ¬Q (tu l'as calculée dans la question 1 de la partie 3) :

¬(P ⇒ Q) ⇔ P ∧ ¬Q

C'est la troisième règle encadrée de ton polycopié. En français : le contraire de « s'il pleut, je prends mon parapluie », c'est « il pleut, et je ne prends pas mon parapluie ».

La négation d'une implication n'est pas une implication

Deux mauvaises réponses très courantes : « s'il pleut, je ne prends pas mon parapluie » (P ⇒ ¬Q, c'est une autre promesse, pas le contraire de la première), et « s'il ne pleut pas, je ne prends pas mon parapluie » (¬P ⇒ ¬Q). La bonne négation contient un et, pas une flèche.

C'est aussi ce que montre ton exercice 1. Tu as calculé la colonne de ¬(P ⇒ Q) : F, V, F, F. Et celle de P ∨ (¬Q) : V, V, F, V. Elles diffèrent, donc P ∨ (¬Q) n'est pas la négation de P ⇒ Q. (Petit bonus : P ∨ ¬Q équivaut en fait à Q ⇒ P, la réciproque. Tu comprendras pourquoi dans la section suivante.)

Cette règle est l'origine du contre-exemple : pour montrer qu'une affirmation « pour tout x, si P(x) alors Q(x) » est fausse, il faut trouver un x qui vérifie P(x) et pas Q(x). On le reverra en parties 8 et 9.

4.8 L'implication écrite avec un « ou »

Tu te souviens de la table de (¬P) ∨ Q en 3.4 ? V, F, V, V. C'est exactement celle de P ⇒ Q. Les deux formules sont donc équivalentes :

(P ⇒ Q) ⇔ (¬P ∨ Q)

En français : « ou bien la condition P n'est pas remplie (et alors rien n'était promis), ou bien Q est vraie ». Pour la promesse : « soit tu n'as pas eu la moyenne, soit tu as ton kebab ». La seule façon de rendre cette phrase fausse, c'est que tu aies eu la moyenne sans avoir de kebab : on retrouve le même unique cas de mensonge.

En Python, c'est la façon de programmer l'implication, qui n'existe pas comme opérateur :

def implique(p, q): return (not p) or q

Pourquoi cette règle est si utile

Elle transforme une flèche, difficile à manipuler, en « non » et « ou », qu'on sait très bien manipuler (partie 7). C'est le moteur de tes exercices 3 et 4 : ton enseignant a commencé chaque calcul en remplaçant les ⇒ par des ¬… ∨ …. Et elle explique le bonus de 4.7 : P ∨ ¬Q = ¬Q ∨ P = « Q ⇒ P ».

4.9 La phrase mystérieuse de ton polycopié

Ton polycopié dit : « Une implication est vraie si l'enchaînement logique "P implique Q" est vrai, quelles que soient les véracités de P et de Q ». Traduction : ce qui compte dans une implication, c'est le lien entre P et Q (« le cas P vrai, Q faux ne se produit pas »), pas la vérité de P ou de Q prises séparément. Une implication peut être vraie avec P fausse et Q fausse : relis 4.2, c'était le cas de x = 0.

Pourquoi tout le cours de suites en dépend

Tu vas croiser des phrases comme « si une suite converge, alors elle est bornée » (vraie), dont la réciproque « si une suite est bornée, alors elle converge » est fausse, et dont la contraposée « si une suite n'est pas bornée, alors elle ne converge pas » est vraie et sert tout le temps. Et chaque démonstration par récurrence contient une implication « P(n) ⇒ P(n+1) » (partie 9). Tout ce que tu viens de lire va resservir.

Vérifie-toi (partie 4) — la plus importante
  1. Vraie ou fausse : « Si 1 = 2, alors la Terre est plate » ?
    Réponse
    Vraie : F ⇒ F. L'hypothèse est fausse, l'implication ne peut pas être prise en défaut.
  2. Vraie ou fausse : « Si 2 est pair, alors 3 est pair » ?
    Réponse
    Fausse : V ⇒ F, c'est le seul cas faux.
  3. Tu sais que P ⇒ Q est vraie, et que Q est vraie. Que peux-tu dire de P ?
    Réponse
    Rien ! Regarde la table : P ⇒ Q et Q sont vraies à la ligne 1 (P vraie) et à la ligne 3 (P fausse). Exemple : tu habites en France. Est-ce que tu habites à Paris ? On ne peut pas savoir. Conclure « donc P » serait utiliser la réciproque.
  4. Tu sais que P ⇒ Q est vraie, et que Q est fausse. Que peux-tu dire de P ?
    Réponse
    P est fausse. C'est la contraposée : ¬Q ⇒ ¬P. Si tu n'habites pas en France, tu n'habites pas à Paris.
  5. Écris avec ⇒ : « Pour être admis en L2, il faut valider la L1 ».
    Réponse
    « être admis en L2 ⇒ avoir validé la L1 ». Valider la L1 est la condition nécessaire, elle est à la pointe de la flèche.
  6. Donne la réciproque et la contraposée de « si n est un multiple de 6, alors n est pair ». Lesquelles sont vraies ?
    Réponse
    Réciproque : « si n est pair, alors n est un multiple de 6 », fausse (4 est pair, pas multiple de 6). Contraposée : « si n n'est pas pair (donc impair), alors n n'est pas un multiple de 6 », vraie, comme l'implication de départ.
  7. Écris la négation de « s'il fait beau, je vais courir ».
    Réponse
    « Il fait beau et je ne vais pas courir. » Avec un « et », sans flèche.

5L'équivalence : la flèche dans les deux sens

P ⇔ Q est vraie quand P et Q ont la même valeur de vérité : toutes les deux vraies, ou toutes les deux fausses.

PQP ⇒ QQ ⇒ P(P ⇒ Q) ∧ (Q ⇒ P)P ⇔ Q
VVVVVV
VFFVFF
FVVFFF
FFVVVV

Les deux dernières colonnes sont identiques : c'est la règle « double implication » de ton polycopié, (P ⇔ Q) ⇔ ((P ⇒ Q) ∧ (Q ⇒ P)). Une équivalence, c'est une implication et sa réciproque, toutes les deux vraies.

Les façons de le dire

Exemples

Comment on démontre une équivalence

Presque toujours en deux temps : on démontre P ⇒ Q (le « sens direct »), puis Q ⇒ P (le « sens réciproque »). Deux démonstrations pour le prix d'une phrase.

Attention à ⇔ et ⇒ entre deux lignes de calcul

Quand on écrit ⇔ entre deux lignes, on promet que chaque étape marche dans les deux sens. Ce n'est pas toujours le cas. « x = 2 ⇒ x² = 4 » est vrai, mais on ne peut pas écrire ⇔, car x² = 4 n'oblige pas x à valoir 2 (il pourrait valoir −2). Mettre un ⇔ là où il n'y a qu'un ⇒, c'est perdre des solutions ou en inventer. Dans tes exercices 3 et 4, par contre, chaque étape est une règle d'équivalence, donc les ⇔ sont légitimes (partie 7).

Deux usages d'un même symbole

Le symbole ⇔ sert à deux choses. Dans une formule, P ⇔ Q est une proposition qui peut être vraie ou fausse. Mais quand ton polycopié écrit (P ⇒ Q) ⇔ (¬Q ⇒ ¬P), il affirme que ces deux formules sont toujours équivalentes, quelles que soient P et Q : la formule complète est une tautologie. C'est ce second sens qu'ont toutes les « règles logiques » du polycopié.

Vérifie-toi (partie 5)
  1. Découpe en deux implications : « un triangle est équilatéral si et seulement si ses trois angles mesurent 60° ».
    Réponse
    « Si un triangle est équilatéral, alors ses trois angles mesurent 60° » et « si les trois angles d'un triangle mesurent 60°, alors il est équilatéral ». Les deux sont vraies.
  2. « n est multiple de 4 ⇔ n est pair » est-elle vraie ?
    Réponse
    Non. Le sens ⇒ est vrai, mais le sens ⇐ est faux (6 est pair, pas multiple de 4). Une seule flèche fausse suffit à rendre l'équivalence fausse.
  3. Complète : « avoir 20/20 est une condition … pour avoir la moyenne ».
    Réponse
    Suffisante (20/20 ⇒ moyenne), mais pas nécessaire.

6Le labo : fais calculer les tables

Voici un outil pour vérifier tes propres tables de vérité. Tape une formule avec les lettres P, Q, R (ou d'autres majuscules), et les symboles ¬ ∧ ∨ ⇒ ⇔ (les boutons les insèrent pour toi). Tu peux aussi écrire non, et, ou, =>, <=>. L'outil affiche toutes les colonnes intermédiaires, comme dans tes exercices, et te dit si la formule est une tautologie.

Règle d'utilisation

Fais d'abord la table à la main, puis vérifie ici. Si tu lis la réponse avant de chercher, tu n'apprends rien. Pour savoir si deux formules A et B sont équivalentes, tape (A) ⇔ (B) : si c'est une tautologie, elles le sont.

Exemples prêts à calculer

Idées d'expériences : tape les deux formules de ton exercice 1 séparément et compare avec tes colonnes ; tape la formule de l'exercice 2 et vérifie tes 8 lignes ; tape P ⇒ (Q ⇒ (P ∧ Q)) (exercice 4) et regarde le verdict.

7Les règles de calcul, et tes exercices 3 et 4

Les tables de vérité marchent toujours, mais elles deviennent vite longues (16 lignes avec 4 lettres). Alors on fait comme en algèbre : on apprend quelques règles de transformation, et on calcule. Chaque règle ci-dessous est une équivalence (tu peux toutes les vérifier dans le labo).

7.1 Les règles de base

NomRègleComme en calcul…
double négation¬(¬P) ⇔ P−(−a) = a
commutativitéP ∧ Q ⇔ Q ∧ P
P ∨ Q ⇔ Q ∨ P
a + b = b + a
associativité(P ∨ Q) ∨ R ⇔ P ∨ (Q ∨ R)
(même chose avec ∧)
(a + b) + c = a + (b + c)
distributivitéP ∧ (Q ∨ R) ⇔ (P ∧ Q) ∨ (P ∧ R)
P ∨ (Q ∧ R) ⇔ (P ∨ Q) ∧ (P ∨ R)
a × (b + c) = ab + ac

7.2 Les lois de De Morgan : nier un « et », nier un « ou »

¬(P ∧ Q) ⇔ ¬P ∨ ¬Q
¬(P ∨ Q) ⇔ ¬P ∧ ¬Q

Tu as noté à côté : « on applique aussi la négation sur le signe ». C'est exactement ça : la négation entre dans la parenthèse, s'applique à chaque morceau, et retourne le signe (∧ devient ∨, ∨ devient ∧).

En Python, tu as peut-être déjà simplifié une condition de cette façon : not (a and b) est équivalent à (not a) or (not b).

7.3 La transitivité : les dominos

((P ⇒ Q) ∧ (Q ⇒ R)) ⇒ (P ⇒ R)

Si P entraîne Q, et que Q entraîne R, alors P entraîne R. « Si tu travailles, tu comprends ; si tu comprends, tu réussis ; donc si tu travailles, tu réussis. » C'est la règle qui permet d'enchaîner les étapes d'une démonstration : chaque ligne implique la suivante, donc la première implique la dernière.

7.4 Tes exercices 3 et 4, ligne par ligne

Dans tes notes, les calculs sont justes, mais les lignes sont posées les unes sous les autres sans symbole entre elles et sans justification. C'est pour ça qu'ils sont difficiles à relire. Voici les mêmes calculs, avec un ⇔ entre chaque ligne et la règle utilisée à chaque étape. « Montrer que A équivaut à B », c'est construire une chaîne de ⇔ qui part de A et arrive à B.

Exercice 3.1 : P ⇒ (Q ⇒ R) équivaut à (P ∧ Q) ⇒ R

P ⇒ (Q ⇒ R) ⇔¬P ∨ (Q ⇒ R) On remplace la grande flèche par « non… ou… » (règle 4.8), avec P comme hypothèse et tout le bloc (Q ⇒ R) comme conclusion. ⇔¬P ∨ (¬Q ∨ R) Même règle, appliquée à la petite flèche Q ⇒ R. ⇔(¬P ∨ ¬Q) ∨ R Associativité : il n'y a que des ∨, on déplace les parenthèses. ⇔¬(P ∧ Q) ∨ R De Morgan, lu de droite à gauche : ¬P ∨ ¬Q, c'est ¬(P ∧ Q). ⇔(P ∧ Q) ⇒ R Règle 4.8 à l'envers : « non A ou R », c'est « A ⇒ R », avec A = P ∧ Q.

En français : « s'il pleut, alors s'il fait froid, je reste chez moi » dit la même chose que « s'il pleut et qu'il fait froid, je reste chez moi ». Deux conditions emboîtées, c'est une double condition.

Exercice 3.2 : (P ∨ Q) ⇒ R équivaut à (P ⇒ R) ∧ (Q ⇒ R)

(P ∨ Q) ⇒ R ⇔¬(P ∨ Q) ∨ R Règle 4.8, avec l'hypothèse (P ∨ Q). ⇔(¬P ∧ ¬Q) ∨ R De Morgan : la négation entre et retourne le ∨ en ∧. ⇔(¬P ∨ R) ∧ (¬Q ∨ R) Distributivité du ∨ sur le ∧ (la seconde ligne du tableau 7.1, écrite avec R à droite). ⇔(P ⇒ R) ∧ (Q ⇒ R) Règle 4.8 à l'envers, deux fois.

En français : « s'il pleut ou s'il neige, je prends le bus » dit la même chose que « s'il pleut, je prends le bus, et s'il neige, je prends le bus ». Garde cette règle en tête : c'est elle qui justifie le raisonnement par disjonction de cas (partie 9).

Exercice 4 : P ⇒ (Q ⇒ (P ∧ Q)) est une tautologie

P ⇒ (Q ⇒ (P ∧ Q)) ⇔¬P ∨ (Q ⇒ (P ∧ Q)) Règle 4.8 sur la grande flèche. ⇔¬P ∨ (¬Q ∨ (P ∧ Q)) Règle 4.8 sur la flèche du milieu. ⇔(¬P ∨ ¬Q) ∨ (P ∧ Q) Associativité du ∨. ⇔¬(P ∧ Q) ∨ (P ∧ Q) De Morgan, lu de droite à gauche.

Comme dans tes notes, pose S = P ∧ Q. La dernière ligne est ¬S ∨ S : « S est fausse ou S est vraie ». C'est toujours vrai (tiers exclu, 3.5). La formule de départ est donc toujours vraie : c'est une tautologie.

Deux remarques. Tu avais noté « faisable avec le tableau de vérité » : oui, et c'est une méthode tout aussi valable (4 lignes, toutes V). Et il y avait un raccourci : d'après l'exercice 3.1, la formule équivaut à (P ∧ Q) ⇒ (P ∧ Q), de la forme « S ⇒ S », évidemment toujours vraie. En français : « si P est vraie, alors si Q est vraie, P et Q sont vraies ». Une fois traduit, c'est presque évident.

Vérifie-toi (partie 7)
  1. Nie « x ≤ 0 ou x ≥ 1 ».
    Réponse
    « x > 0 et x < 1 », autrement dit 0 < x < 1. Le « ou » devient « et », chaque inégalité est niée.
  2. Retrouve par le calcul la règle ¬(P ⇒ Q) ⇔ P ∧ ¬Q.
    Réponse
    ¬(P ⇒ Q) ⇔ ¬(¬P ∨ Q) ⇔ ¬¬P ∧ ¬Q ⇔ P ∧ ¬Q. Règle 4.8, puis De Morgan, puis double négation.
  3. Simplifie ¬(¬P ∧ Q).
    Réponse
    De Morgan : ¬¬P ∨ ¬Q, puis double négation : P ∨ ¬Q.
  4. Défi : l'implication est-elle associative ? Compare (P ⇒ Q) ⇒ R et P ⇒ (Q ⇒ R).
    Réponse
    Non. Avec P, Q, R tous faux : (F ⇒ F) ⇒ F donne V ⇒ F, donc F ; alors que F ⇒ (…) est V. Une seule ligne différente suffit. C'est pour ça qu'on met toujours des parenthèses autour des flèches.

8Les quantificateurs : pour tout, il existe

8.1 Le prédicat, une proposition avec un trou

« x > 3 » n'est ni vrai ni faux tant qu'on ne sait pas qui est x (partie 2). C'est une proposition avec un trou, qu'on appelle un prédicat et qu'on note P(x). Donne-lui une valeur, il te rend V ou F : P(5) est vraie, P(1) est fausse.

Pour toi, c'est une fonction qui renvoie un booléen : def P(x): return x > 3.

Il y a deux façons de « boucher le trou » pour obtenir une vraie proposition : dire que la propriété marche pour tous les x, ou dire qu'elle marche pour au moins un x.

8.2 ∀ et ∃

ÉcritureLectureEn PythonVraie quand…
∀x ∈ E, P(x)pour tout x appartenant à E, P(x)all(P(x) for x in E)P(x) est vraie pour chaque x de E, sans exception
∃x ∈ E, P(x)il existe (au moins) un x appartenant à E tel que P(x)any(P(x) for x in E)P(x) est vraie pour au moins un x de E
∃!x ∈ E, P(x)il existe un unique x de E tel que P(x)sum(P(x) for x in E) == 1P(x) est vraie pour exactement un x de E

Des exemples, pour t'habituer à lire :

La lettre après ∀ ou ∃ est une variable muette : ∀x ∈ ℝ, x² ≥ 0 et ∀t ∈ ℝ, t² ≥ 0 disent exactement la même chose, comme tu peux renommer la variable d'une boucle for sans changer ce que fait ton programme.

8.3 « Pour tout » suivi d'une implication

La forme la plus fréquente d'un théorème est ∀x ∈ E, P(x) ⇒ Q(x) : « pour tout x de E, si x vérifie P, alors x vérifie Q ». C'est exactement la phrase de 4.2. Et c'est là que la convention « faux ⇒ n'importe quoi est vrai » devient indispensable : les x qui ne vérifient pas P ne comptent pas.

Conséquence amusante : « tout réel x tel que x² < 0 est égal à 42 » est une phrase vraie. Il n'existe aucun réel dont le carré est négatif, donc aucun x ne peut la prendre en défaut. De même, « tous les dragons de ma chambre sont verts » est vraie : il n'y a aucun dragon pour la contredire. On dit qu'elle est vraie par vacuité (vide). Garde cet exemple : il va servir pour l'exercice 5.

8.4 Nier une phrase avec des quantificateurs

Tu as écrit la bonne idée dans tes notes, à l'exercice 5 : la négation de « tout le monde a les yeux bleus » est « il existe au moins une personne qui n'a pas les yeux bleus ». Et surtout pas « personne n'a les yeux bleus » : pour contredire « tout le monde », il suffit d'une exception.

¬(∀x ∈ E, P(x)) ⇔ ∃x ∈ E, ¬P(x)
¬(∃x ∈ E, P(x)) ⇔ ∀x ∈ E, ¬P(x)

De même, la négation de « il existe un étudiant qui a eu 20 » est « aucun étudiant n'a eu 20 », c'est-à-dire « pour tout étudiant, il n'a pas eu 20 ».

La méthode, pour les phrases à plusieurs quantificateurs

On fait passer le ¬ de gauche à droite à travers toute la phrase. Chaque ∀ devient ∃, chaque ∃ devient ∀, et à la fin on nie la propriété, avec les règles déjà vues : « < » devient « ≥ », « et » devient « ou », « P ⇒ Q » devient « P ∧ ¬Q ». L'ensemble ne change pas : ∀x ∈ ℝ devient ∃x ∈ ℝ, jamais ∃x ∉ ℝ.

Exemple complet, tiré de ton polycopié (page des majorants). « A est majorée » veut dire : il existe un nombre M plus grand que tous les éléments de A.

A est majorée : ∃M ∈ ℝ, ∀x ∈ A, x ≤ M ¬A n'est pas majorée : ∀M ∈ ℝ, ∃x ∈ A, x > M ∃ devient ∀, ∀ devient ∃, et « x ≤ M » devient « x > M ».

En français : « aussi grand que soit le nombre M que tu choisis, il y a un élément de A qui le dépasse ». Par exemple ℕ n'est pas majoré : pour n'importe quel M, l'entier juste au-dessus de M le dépasse.

Pourquoi ça marche ? Parce que « pour tout » est un grand « et » (P(x₁) et P(x₂) et P(x₃)…), et « il existe » un grand « ou ». Nier un « pour tout », c'est appliquer De Morgan à un « et » géant : il devient un « ou » géant de négations, c'est-à-dire « il existe un x tel que non P(x) ».

Enfin, la négation d'un théorème en « pour tout… si… alors » est une phrase en « il existe… et… » :

¬(∀x ∈ E, P(x) ⇒ Q(x)) ⇔ ∃x ∈ E, P(x) ∧ ¬Q(x)

C'est la définition exacte d'un contre-exemple. « Tout nombre premier est impair » est fausse, car il existe un nombre premier qui n'est pas impair : 2.

Le piège de la langue française

« Tout ce qui brille n'est pas or » ne veut pas dire « rien de ce qui brille n'est de l'or », mais « pas tout ce qui brille est de l'or », c'est-à-dire « il existe des choses qui brillent sans être de l'or ». Le français place le « ne… pas » n'importe où, les maths non. Quand tu écris une négation, préfère toujours « il existe… qui ne… pas ». On retrouvera ce piège dans une phrase de ton polycopié (partie 10).

8.5 L'ordre des quantificateurs change tout

∀ serrure, ∃ clé ∃ clé, ∀ serrure
À gauche : « pour toute serrure, il existe une clé qui l'ouvre ». Chaque serrure a sa clé, qui peut être différente. À droite : « il existe une clé qui ouvre toutes les serrures ». C'est un passe-partout : une phrase beaucoup plus forte, et en sécurité, un vrai problème.

Avec des nombres :

C'est la remarque de ton polycopié : on peut échanger deux quantificateurs de même espèce (∀x ∀y ⇔ ∀y ∀x, et pareil pour ∃), mais échanger un ∀ et un ∃ change le sens de la phrase. En Python, la différence saute aux yeux : all(any(P(x, y) for y in E) for x in E) n'est pas any(all(P(x, y) for x in E) for y in E).

8.6 Lire les définitions de ton polycopié

Ton chapitre 1 est plein de phrases à quantificateurs. Voici comment les lire.

Ce qui t'attend dans le cours de suites

La définition de la limite d'une suite a exactement cette forme : « ∀ε > 0, ∃N ∈ ℕ, ∀n ≥ N, |uₙ − ℓ| < ε ». Trois quantificateurs, dans un ordre précis, et un « ∀n ≥ N » qui cache une implication (« pour tout n, si n ≥ N, alors… »). Tu n'as pas besoin de la comprendre aujourd'hui, mais tu sais maintenant la lire, et c'est la première étape.

Vérifie-toi (partie 8)
  1. Vraie ou fausse : ∃x ∈ ℝ, x² = 2 ? Et ∃x ∈ ℚ, x² = 2 ?
    Réponse
    La première est vraie (x = √2). La seconde est fausse, parce que √2 n'est pas un rationnel : c'est exactement ce que te fait démontrer l'exercice 18.
  2. Écris la négation de « ∀x ∈ ℝ, x² + 1 > 0 ».
    Réponse
    « ∃x ∈ ℝ, x² + 1 ≤ 0 ». (La phrase de départ est vraie, donc sa négation est fausse, mais on sait l'écrire.)
  3. Écris la négation de « ∀x ∈ ℝ, x > 0 ⇒ x² > 0 ».
    Réponse
    « ∃x ∈ ℝ, x > 0 ∧ x² ≤ 0 ». Le ∀ devient ∃, et « P ⇒ Q » devient « P et non Q ».
  4. Vraies ou fausses : ∀n ∈ ℕ, ∃m ∈ ℕ, m > n ; ∃m ∈ ℕ, ∀n ∈ ℕ, m > n.
    Réponse
    La première est vraie (m = n + 1). La seconde est fausse : aucun entier n'est plus grand que tous les entiers, y compris lui-même.
  5. « A est minorée » s'écrit ∃m ∈ ℝ, ∀x ∈ A, x ≥ m. Écris « A n'est pas minorée ».
    Réponse
    ∀m ∈ ℝ, ∃x ∈ A, x < m : aussi bas que soit m, un élément de A passe en dessous. (L'exercice 9 te demande la même chose avec « bornée » : essaie seul avec cette méthode.)

9Les méthodes de démonstration

9.1 Qu'est-ce qu'une démonstration ?

Une démonstration est une chaîne d'étapes qui part de choses déjà sûres (les hypothèses de l'énoncé, les définitions, les théorèmes déjà démontrés) et arrive à la conclusion. Chaque étape utilise le même mécanisme : « je sais que A est vraie, je sais que A ⇒ B, donc B est vraie ». Et par transitivité (7.3), le début de la chaîne implique la fin.

Pourquoi ne pas se contenter de vérifier sur des exemples ? Regarde la formule n² + n + 41. Pour n = 0, 1, 2, 3… elle donne 41, 43, 47, 53, 61… tous des nombres premiers. Ça continue jusqu'à n = 39, soit 40 essais réussis d'affilée. Et pour n = 40 : 40² + 40 + 41 = 1681 = 41 × 41, qui n'est pas premier. C'est ce que dit ton polycopié : « un nombre fini de cas ne suffit pas ». Toi qui codes, tu connais le principe : des tests qui passent sur 40 entrées ne prouvent pas que ta fonction marche sur toutes.

9.2 La démonstration directe d'une implication

Pour démontrer P ⇒ Q, on suppose que P est vraie, et on montre que Q est vraie. C'est la phrase de ton polycopié.

Pourquoi a-t-on le droit de « supposer » P ? Parce que si P est fausse, l'implication est vraie de toute façon (4.1) : il n'y a rien à vérifier. Le seul cas dangereux est « P vraie », alors c'est le seul qu'on examine. Supposer P, ce n'est pas affirmer que P est vraie : c'est aller inspecter le seul endroit où la promesse pourrait être rompue.

Énoncé : pour tout entier n, si n est pair, alors n² est pair.

Soit n un entier. Supposons que n est pair.

Alors il existe un entier k tel que n = 2k (définition de « pair », 1.6).

Donc n² = (2k)² = 4k² = 2 × (2k²).

Comme 2k² est un entier, n² s'écrit 2 × (un entier) : n² est pair.

Remarque la forme : une phrase par étape, un « donc » qui s'appuie sur une raison, et la définition utilisée à chaque fois. C'est ce qu'on attend de toi au partiel.

9.3 Démontrer un « pour tout » : le sens de « soit »

Pour démontrer ∀x ∈ E, P(x), on écrit « Soit x ∈ E » : on prend un élément quelconque de E, sur lequel on ne sait rien d'autre que « il est dans E ». On n'a pas le droit de le choisir (« prenons x = 2 »). Si la démonstration marche pour cet x sans visage, elle marche pour tous.

C'est exactement comme écrire une fonction qui prend un paramètre : ton code doit marcher pour n'importe quelle valeur d'entrée, tu ne choisis pas ce que l'utilisateur va envoyer.

9.4 Démontrer un « il existe », et le contre-exemple

Pour démontrer ∃x ∈ E, P(x), il suffit d'en exhiber un et de vérifier qu'il marche. Exemple : ∃n ∈ ℕ, n² > 50 est vraie, car n = 8 convient (64 > 50).

Le contre-exemple est la même idée à l'envers. Pour montrer qu'un « pour tout » est faux, il suffit de trouver un élément qui ne vérifie pas la propriété, puisque ¬(∀x, P(x)) ⇔ ∃x, ¬P(x) (8.4).

L'asymétrie à retenir

Mille exemples ne démontrent pas un « pour tout ». Un seul contre-exemple le détruit.

9.5 Le raisonnement par contraposition

Comme P ⇒ Q et ¬Q ⇒ ¬P sont équivalentes (4.6), on peut démontrer la seconde à la place de la première quand elle est plus facile.

Énoncé : pour tout entier n, si n² est pair, alors n est pair.

En direct, on serait coincé : de n² = 2k, on ne sait pas quoi tirer sur n. On passe donc par la contraposée : « si n n'est pas pair, alors n² n'est pas pair ». Pour un entier, « pas pair » veut dire « impair ».

Soit n un entier. Supposons que n est impair.

Alors il existe un entier k tel que n = 2k + 1.

Donc n² = (2k + 1)² = 4k² + 4k + 1 = 2 × (2k² + 2k) + 1.

Comme 2k² + 2k est un entier, n² est impair.

On a montré « n impair ⇒ n² impair », qui est la contraposée de « n² pair ⇒ n pair ». Cette dernière est donc vraie.

Avec 9.2, on a maintenant les deux sens : n pair ⇔ n² pair. C'était la promesse de la partie 5. Et ce résultat est exactement la clé de l'exercice 18.

9.6 Le raisonnement par l'absurde

Pour démontrer une proposition R, on suppose le contraire, ¬R, et on en déduit quelque chose d'impossible : une contradiction (une affirmation et sa négation vraies en même temps, comme « n est pair et impair », ou « 0 = 1 »). Comme ¬R mène à l'impossible, ¬R est fausse, donc R est vraie (tiers exclu, partie 2).

C'est le raisonnement du détective : « Supposons que le majordome soit coupable. Alors il était dans la cuisine à 21 h. Or à 21 h, les caméras le filment au supermarché. Contradiction : ce n'est pas lui. »

Énoncé : il n'existe pas de plus grand entier naturel.

Supposons par l'absurde qu'il existe un plus grand entier naturel, que l'on note N.

Alors N + 1 est aussi un entier naturel, et N + 1 > N.

C'est une contradiction avec le fait que N est le plus grand.

Donc notre supposition est fausse : il n'existe pas de plus grand entier naturel.

Différence avec la contraposition : la contraposition démontre une implication en démontrant une autre implication, avec un but précis (¬P). L'absurde suppose la négation de ce qu'on veut, et cherche n'importe quelle contradiction. L'exercice 18 (√2 n'est pas une fraction) est le grand classique de l'absurde.

9.7 La disjonction de cas, et ton exercice 5

Si une conclusion C est vraie dans le cas A et dans le cas ¬A, alors C est vraie tout court. Pourquoi ? D'après ton exercice 3.2, (A ⇒ C) ∧ (¬A ⇒ C) équivaut à (A ∨ ¬A) ⇒ C. Et A ∨ ¬A est toujours vraie. Donc C est vraie.

Énoncé : pour tout entier n, n(n + 1) est pair.

Soit n un entier. On distingue deux cas.

Cas 1 : n est pair. Alors n = 2k avec k entier, et n(n + 1) = 2 × [k(2k + 1)], qui est pair.

Cas 2 : n est impair. Alors n = 2k + 1, donc n + 1 = 2k + 2 = 2(k + 1), et n(n + 1) = 2 × [(2k + 1)(k + 1)], qui est pair.

Dans les deux cas, n(n + 1) est pair. Comme tout entier est pair ou impair, c'est vrai pour tout n.

L'exercice 5, guidé

L'énoncé : « dans un groupe de personnes non vide, il existe une personne P telle que : si P a les yeux bleus, alors tout le monde a les yeux bleus ». La phrase a l'air absurde, comme si une seule personne décidait des yeux de tout le monde. Elle est pourtant vraie, et c'est uniquement une question d'implication.

La structure : il faut trouver une personne p pour laquelle l'implication « p a les yeux bleus ⇒ tout le monde a les yeux bleus » est vraie. Fais la disjonction de cas sur A = « tout le monde a les yeux bleus ».

Voir la rédaction complète (après avoir cherché)

Soit G un groupe de personnes non vide. On distingue deux cas.

Cas 1 : tout le monde dans G a les yeux bleus. Comme G est non vide, on peut choisir une personne p quelconque dans G. La conclusion « tout le monde a les yeux bleus » est vraie, donc l'implication « p a les yeux bleus ⇒ tout le monde a les yeux bleus » est vraie (une implication dont la conclusion est vraie est toujours vraie). La personne p convient.

Cas 2 : ce n'est pas le cas. Alors il existe au moins une personne p₀ dans G qui n'a pas les yeux bleus (négation d'un « pour tout »). Choisissons p = p₀. L'hypothèse « p₀ a les yeux bleus » est fausse, donc l'implication est vraie (F ⇒ n'importe quoi est vrai). La personne p₀ convient.

Dans les deux cas, on a trouvé une personne qui convient. L'énoncé est démontré.

La phrase paraît magique parce qu'en français, « si… alors » sonne comme une cause. En logique, ce n'est qu'une affirmation sur des valeurs V et F : dans le cas 2, la personne choisie « rend l'implication vraie » simplement parce qu'elle n'a pas les yeux bleus. C'est la vérité par vacuité de 8.3.

9.8 Le raisonnement par récurrence

… on pousse hérédité : si le domino n tombe, le suivant tombe P(0)P(1)P(2)P(3)P(4) initialisation
Pour être sûr que tous les dominos tombent, il faut deux choses : pousser le premier (initialisation), et que chaque domino fasse tomber le suivant (hérédité).

On veut démontrer une propriété P(n) pour tous les entiers n à partir d'un rang n₀. On procède en deux étapes :

  1. Initialisation : on vérifie que P(n₀) est vraie (souvent n₀ = 0 ou 1).
  2. Hérédité : on démontre que, pour tout n ≥ n₀, P(n) ⇒ P(n + 1).

Alors P(n) est vraie pour tout n ≥ n₀ : P(n₀) est vraie, donc P(n₀ + 1) aussi, donc P(n₀ + 2) aussi, et ainsi de suite (transitivité, 7.3).

Là où l'implication est cruciale

L'hérédité est une implication. Quand on écrit « supposons P(n) vraie », on ne prétend pas que P(n) est vraie : on démontre seulement la promesse « si le domino n tombe, alors le suivant tombe ». Ce n'est pas tricher, c'est exactement la démonstration directe de 9.2. C'est très probablement ce passage qui t'a perdu en cours : sans l'implication, la récurrence ressemble à un raisonnement circulaire.

Énoncé : pour tout n ∈ ℕ, 2ⁿ ≥ n + 1.

Pour n ∈ ℕ, notons P(n) la propriété « 2ⁿ ≥ n + 1 ».

Initialisation. Pour n = 0 : 2⁰ = 1 et 0 + 1 = 1, donc 2⁰ ≥ 0 + 1. P(0) est vraie.

Hérédité. Soit n ∈ ℕ. Supposons P(n) vraie, c'est-à-dire 2ⁿ ≥ n + 1 (c'est l'hypothèse de récurrence). Montrons P(n + 1), c'est-à-dire 2ⁿ⁺¹ ≥ n + 2.

On a 2ⁿ⁺¹ = 2 × 2ⁿ ≥ 2(n + 1), en multipliant l'hypothèse de récurrence par 2, qui est positif (règle de ton polycopié : pour α ≥ 0, a ≤ b ⇒ αa ≤ αb).

Et 2(n + 1) = 2n + 2 ≥ n + 2, car n ≥ 0.

Donc 2ⁿ⁺¹ ≥ n + 2 : P(n + 1) est vraie.

Conclusion. P(0) est vraie et P est héréditaire, donc par récurrence, P(n) est vraie pour tout n ∈ ℕ.

Ne jamais oublier l'initialisation

Prends P(n) : « n = n + 1 ». L'hérédité marche : si n = n + 1, en ajoutant 1 des deux côtés, n + 1 = n + 2. Donc P(n) ⇒ P(n + 1) est vraie pour tout n ! Mais P(0) dit « 0 = 1 », qui est faux, et P(n) n'est vraie pour aucun n. Des dominos bien alignés, mais que personne ne pousse. L'exercice 13 joue exactement sur cette idée : commence par calculer P(n) pour n = 0, 1, 2, …, 6 dans un petit tableau.

Variantes que tu croiseras sur ta feuille. Dans la récurrence double (exercices 10 et 11, où chaque terme dépend des deux précédents), on initialise deux rangs, et on suppose P(n) et P(n + 1) pour démontrer P(n + 2). Dans la récurrence forte (exercices 12 et 14), on suppose P vraie à tous les rangs de n₀ jusqu'à n pour démontrer P(n + 1). C'est d'ailleurs la formulation de ton polycopié : « supposant Pₙ vraie jusqu'au rang n ».

9.9 Le principe des tiroirs

Si tu ranges n + 1 paires de chaussettes dans n tiroirs, un tiroir en contient au moins deux. Sinon, chaque tiroir en contiendrait au plus une, et il y aurait au plus n paires : absurde. Exemple : parmi 13 personnes, deux au moins sont nées le même mois, car il n'y a que 12 mois. Ça paraît évident, et pourtant c'est un outil très puissant (exercices 15 à 17).

Vérifie-toi (partie 9)
  1. Quelle méthode pour montrer que « ∀x ∈ ℝ, x² ≥ x » est fausse ? Et que « ∀x ∈ ℝ, x² + 1 > 0 » est vraie ?
    Réponse
    La première : un contre-exemple (x = 1/2). La seconde : une démonstration directe avec « Soit x ∈ ℝ. On a x² ≥ 0, donc x² + 1 ≥ 1 > 0. » Des exemples ne suffiraient pas.
  2. Pour démontrer « si n² est impair, alors n est impair » par contraposition, que supposes-tu, et que dois-tu montrer ?
    Réponse
    On suppose n pair (négation de la conclusion), et on montre que n² est pair (négation de l'hypothèse). C'est exactement 9.2.
  3. Dans une récurrence, pourquoi « supposons P(n) vraie » n'est-il pas un raisonnement circulaire ?
    Réponse
    Parce qu'on démontre l'implication P(n) ⇒ P(n + 1), pas P(n) elle-même. La vérité de P vient de l'initialisation, puis se transmet de proche en proche.
  4. Pour démontrer par l'absurde que √2 est irrationnel (exercice 18), que suppose-t-on au départ ?
    Réponse
    Le contraire : que √2 est rationnel, c'est-à-dire qu'il existe deux entiers p et q (q non nul) tels que √2 = p/q. C'est la première ligne de l'exercice.

10Relecture de tes notes

Ce qui est juste

11Ta feuille d'exercices, et ta checklist

ExercicesCe qu'il fautDans ce cours
1 à 4tables de vérité, règles de calculparties 3, 4 et 7. Refais-les seul, sans tes notes, en justifiant chaque ligne
5disjonction de cas, implication à hypothèse fausse8.3 et 9.7
6écrire une phrase avec ∀ et ∃, puis la nier8.2 et 8.4. « Au moins un jour » est un ∃
7traduire des relations entre ensembles1.3 et 8.2. Par exemple, A ∩ B ≠ ∅ veut dire « A et B ont au moins un élément en commun »
8lire un ensemble défini avec ∃ ou ∀1.4, 8.2 et 8.5. Teste des valeurs (x = 0, x = 1/2, x = 1) avant de conclure
9écrire et nier des définitions8.4 et 8.6 (le modèle « majorée / pas majorée »)
10 à 14récurrence simple, double, forte9.8. Commence par le 13
15 à 17principe des tiroirs, absurde9.6 et 9.9
18absurde et contraposition9.5 (la question 3 utilise « n² pair ⇒ n pair ») et 9.6

Honnêtement : les exercices 1 à 9 sont à ta portée après ce cours. Les exercices de récurrence (10 à 14) et les exercices 16 et 17 demandent plus d'entraînement, surtout pour les calculs. S'ils résistent, ce n'est pas un signe que tu n'as pas compris la logique, c'est normal à ce stade.

Avant le prochain cours, tu dois pouvoir…

  • écrire la table de ⇒ sans hésiter, et expliquer pourquoi « F ⇒ F » est vrai, avec l'exemple x > 2 ;
  • transformer « condition nécessaire / suffisante » et « seulement si » en flèche dans le bon sens ;
  • donner la réciproque et la contraposée d'une implication, et dire laquelle lui est équivalente ;
  • nier une implication, un « pour tout », un « il existe » ;
  • refaire les exercices 1 à 4 seul, en nommant la règle utilisée à chaque ligne ;
  • expliquer l'exercice 5 à voix haute, comme si tu l'enseignais ;
  • rédiger une récurrence avec initialisation, hérédité et conclusion.
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